Vendredi Lecture #34 – The Art of The Hunchback of Notre-Dame de Stephen Rebello

Depuis sa sortie en 1996, j’ai toujours été une grande fan du film Le Bossu de Notre-Dame. Les personnages, la musique, l’histoire, les décors… tout me plaisait et j’avais hâte de mettre la main sur une pièce qui manquait à ma collection : le Art of the Hunchback of Notre Dame de Stephen Rebello. Ce beau livre est un grand format (26,5 x 33 cm) à couverture rigide paru en 1996 aux éditions Hyperion aux USA. Il n’est pas très facile à trouver à un prix raisonnable car il est épuisé, mais une fois de temps en temps, une opportunité se présente sur ebay et il faut la saisir 😉 

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🎭 PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE 🎭

NB: Je possède l’édition anglophone, les citations et extraits ont été traduits par mes soins. 

Après une préface de Don Hahn, le producteur du film, Stephen Rebello ouvre le bal en revenant à la source de l’oeuvre : le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. Dans le premier chapitre, What There Is in a Bottle of Ink, il y retrace l’origine du roman et revient sur le contexte de son écriture, ainsi que les inspirations de l’auteur. La légende veut que Victor Hugo, qui connaissait la cathédrale Notre-Dame comme sa poche, ait vu une inscription sur un mur qui signifiait “destin”. Il a également fait beaucoup de recherches sur le Paris médiéval, et joue notamment sur les symboles et le contraste entre l’ombre et la lumière. Rebello rapporte qu’ “Auguste Vacquerie a observé qu’Hugo s’identifiait tellement avec la cathédrale et sa proéminence comme un symbole de Paris et de tout ce qui est parisien, que le “H” formé par les tours de la cathédrale était virtuellement synonyme du “H” de Hugo”(p.33). Stephen Rebello consacre ensuite quelques pages à une biographie rapide de Victor Hugo et aux épisodes de sa vie qui l’ont vraisemblablement inspiré pour son livre. A sa publication en 1831, Notre-Dame de Paris connaît un succès critique mitigé mais est un succès commercial retentissant, particulièrement au Royaume-Uni. 

Le chapitre 2, The Corner of Avenue Victor Hugo & Dopey Drive, rentre davantage dans le vif du sujet, avec les débuts du film et la préproduction. Le projet naît en 1993 sur une décision de David Stainton, alors Creative Affairs Vice President, qui a été marqué dans sa jeunesse par un comic book inspiré de Notre-Dame de Paris, puis a lu le roman d’Hugo. Il place Gary Trousdale et Kirk Wise (La Belle et la Bête) à la tête du projet en tant que co-réalisateurs, ce qui les ravit car ils sont en quête de sujets qui peuvent étendre leurs horizons artistiques. S’en suit une étude du travail réalisé pour démêler les nombreuses intrigues compliquées du roman, le point de vue variable, les relations complexes entre les personnages, et les nombreuses références philosophiques et historiques afin de ne garder que le coeur de l’histoire, aller à l’essentiel. Chez Victor Hugo, note Rebello, les personnages sont des archétypes, toujours dans la dualité (un personnage pieux a une âme sombre, un personnage laid a un coeur d’or etc.). Il le résume par ces mots : “C’est à travers la croyance au potentiel que chaque personnage dans l’histoire peut briser les chaînes que la société ou le destin  – anankè comme la mentionne Hugo – leur prescrit.”(p.47). 

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Par la suite, l’auteur s’intéresse aux motivations de Thomas Schumacher, Executive VP of Feature Animation. Pour la première fois, le focus est fait sur Quasimodo: “Nos films précédents disent des choses comme “c’est ok d’être toi-même…” mais habituellement ça veut vraiment dire “c’est ok d’être toi-même si tu est un gamin des rues super beau ou une bête effrayante au mauvais caractère qui à la fin devient belle”. Ce film dit “C’est ok d’être toi, même si tu n’es pas nécessairement “normal” ou “beau” aux yeux du reste du monde”, et c’est ce que j’appelle un pas en avant”(p.48). 

“Our earlier movie say things like “It’s okay to be you…” but that usually meant “it’s ok to be you if you’re a really handsome, winning, young street urchin or you’re a frightening, ill-tempered beast who in the end becomes handsome”. This movie says “it’s okay to be you if you’re not necessarily “normal” or “beautiful” to the rest of the world”, which I call a step forward” (p.48). 

Stephen Rebello s’intéresse ensuite plus en détails aux personnages et leur création, aussi bien en termes de personnalité que de design. Quasimodo devient plus gentil, plus pur, davantage freiné par l’opinion des autres que par sa difformité. La personnalité et la frustration qui caractérisent Quasimodo sont bien résumées dans la chanson “Out There” (Rien qu’un jour). Son apparence est le fruit du travail combiné de Peter DeSève et James Baxter. Esmeralda est vue par Victor Hugo comme un personnage exotique, mystérieux et un peu flou, mais elle est beaucoup plus assertive et spirituelle dans la version animée, note Stephen Rebello. “Le teint basané, la beauté étouffante, la posture fière et le costume flamboyant de l’Esmeralda de Disney suggèrent moins la conception céleste d’Hugo qu’un hommage des cinéastes aux héroïnes insolentes, mains sur les hanches, des aventures historiques épiques en Technicolor des années quarante” décrit-il. (p.69). 

Frollo quant à lui passe d’un archidiacre tordu dans le livre à un juge dans le film, tout en gardant le côté positif de la religion avec le personnage de l’archidiacre qui s’oppose à lui. Stephen Rebello évoque la profonde haine que Frollo voue aux bohémiens mais également le désir qu’il éprouve pour Esmeralda. Dans les mots de Will Finn, Head of Story & Supervising Animator, “C’est un personnage tragiquement tordu qui est a presque honte de toute qualité humaine qu’il pourrait posséder, donc il projette cette image d’une figure divine pour repousser sa propre humanité” (p.76). Pour finir cette section, Stephen Rebello s’intéresse au changement radical de Phoebus, qui est à l’origine un séducteur invétéré, un peu bête et indigne de confiance. Il fallait évidemment changer de direction pour le rendre digne de l’amour d’Esmeralda et le faire accepter du public, et c’est ainsi qu’il devient un héros mature avec du coeur. Le chapitre se clôt sur Clopin, le “maître de cérémonie”. 

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Dans la troisième partie de l’ouvrage, Angels in the Architecture, Stephen Rebello s’intéresse davantage à la cathédrale, qui est presque un personnage du film. Il explique que l’équipe du film a fait un voyage à Paris en octobre 1993 avec pour but l’immersion dans l’atmosphère parisienne. L’équipe a donc suivi de nombreuses visites menées par un historien dans des lieux emblématiques décrits par Victor Hugo dans son roman. Il s’avère également que Le Bossu de Notre-Dame était la toute première collaboration des studios Disney avec les studios de Paris fraîchement ouverts. Ce séjour a permis aux artistes de mieux comprendre la cathédrale et d’imaginer des jeux de lumière en fonction de l’ambiance et des objectifs visés selon les scènes. Stephen Rebello rappelle que Victor Hugo percevait Paris comme un personnage vivant, sombre et dangereux qui rendrait presque claustrophobe. Le challenge pour l’équipe était de recréer ce combat entre l’ombre et la lumière: “L’environnement extrêmement détaillé et le “monde” du film suggèrent la rencontre du côté constamment abrasif de Victor Hugo avec le savoir-faire accueillant bercé de lumière dorée de Blanche-Neige et les Sept Nains et Pinocchio”(p.120). 

Comme évoqué précédemment, la lumière est un élément central du film et mérite un chapitre entier, intitulé Shadow and Light. Entre lumière et légèreté, Stephen Rebello décrypte le rôle des gargouilles comme ressort comique. Les artistes se sont en fait inspirés de Victor Hugo qui les décrit comme les confidentes de Quasimodo. Il s’agit bien sûr de créatures issues de son imagination (pas de magie !) et représentent les différents aspects de sa conscience.
Le contraste est un thème récurrent que l’auteur retrouve dans la chanson Heaven’s Light (Une douce lueur)/Hellfire (Infernal) : le chant d’espoir de Quasimodo s’oppose à la descente dans la folie de Frollo. Enfin, Stephen Rebello s’intéresse aux bohémiens, leurs origines et leur histoire en France, ainsi qu’à leur représentation dans le film. Leur tanière est une zone de “rejet”, un espace reclus, mais les bohémiens trouvent toujours le moyen d’y adapter la vie, de la joie, et des couleurs. 

Lancé dans son analyse du Paris médiéval, Rebello consacre le chapitre 5 au “Feast of the Fools”, ou la Fête des Fous. Il évoque une ambiance de cirque de part notamment les couleurs et les sons. Cette séquence a d’ailleurs une musique très particulière qui utilise des instruments d’époque. La Fête des Fous, souligne-t-il fait bien avancer l’histoire, en installant clairement le pouvoir dangereux de la foule, et son caractère changeant, instable et volatile. 

Le chapitre 6, City on Fire, revient sur la dernière partie du film, où Quasimodo brise ses chaînes, littéralement et figurativement. Les scènes de combat ont nécessité un énorme travail car cela représente plus de 6000 personnages en action, et donc la chorégraphie du combat comme s’il se jouait live. Pour cela, les équipes ont dû mettre au point de nouvelles technologies capables de gérer toute cette animation et de l’intégrer correctement au reste du film en 2D. Le feu, souligne Stephen Rebello, était également un gros morceau :”Ce feu a un ton et un sens du mouvement qui lui sont propres”. 

🎭 MON AVIS 🎭 

Après deux lectures décevantes (Practically Poppins et Phantom Manor L’attraction décryptée), c’est avec plaisir mais appréhension que je me suis plongée dans le Art of the Hunchback of Notre-Dame de Stephen Rebello. Mais je vous rassure tout de suite, c’était un vrai bonheur. Stephen Rebello est un journaliste accompli et ça se ressent dans la qualité de ce qu’il a produit. Ce Art of contient énormément d’informations, il est bien documenté et très complet. Rebello explique bien les parallèles et les différences entre le film et l’oeuvre d’origine, les processus créatifs de l’équipe du film, leurs inspirations etc. J’ai aussi beaucoup apprécié les sous-parties ici et là consacrées à Victor Hugo, son oeuvre, et son époque, qui permettent de mieux contextualiser l’histoire et la version Disney également. En plus de cela, ce livre est très bien écrit, et l’auteur a un style fluide qui se lit très facilement (il n’est néanmoins pas hyper accessible pour des débutants en anglais sans un dico à portée). 

D’un point de vue forme, c’est également un très beau livre. La dust jacket du mien est en piteux état car il s’agit d’une occasion qui a été mal emballée pour le transport, mais en dessous, on trouve une belle couverture rose avec la cathédrale gaufrée sur le dessus. Ce livre contient beaucoup d’illustrations, très variées, et de nombreux concept arts et croquis qui mettent en valeur le travail titanesque des équipes Disney sur ce film. Petit coup de coeur pour les croquis parodiques qui illustrent les pages de l’Index à la fin : il s’agit de dessins humoristiques réalisés par les artistes tout au long de la création du film 🙂 

Bref, ce livre est un petit bijou que je recommande chaudement à tous les fans du Bossu de Notre-Dame, et bien sûr à ceux qui s’intéressent de près aux processus de création d’un film de cette envergure ! 

7 commentaires sur “Vendredi Lecture #34 – The Art of The Hunchback of Notre-Dame de Stephen Rebello

  1. ça fait plaisir de renouer avec des ouvrages de qua-li-té.
    Je me souviens avoir traité une rédaction sur le thème du Monstre sur ND de Paris de Hugo mais j’aurais clairement préféré traiter le fait que la cathédrale est un personnage à part entière dans le livre (du coup, je me demande si les gargouilles ne sont pas aussi l’incarnation « vivante » de ce « personnage »….? )
    je note que tu as casé un maximum de photos de Djali ^^

    Aimé par 1 personne

    1. #PassionBiquettes of course ! Je n’ai pas lu le roman du coup je pense que je ne mesure pas encore toute l’ampleur du travail réalisé et l’importance de la cathédrale dans l’histoire, mais il est dans ma PAL 🙂

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